Quelles sont nos nouvelles habitudes de travail ?



Nous avons précédemment discuter avec Yannick Roudaut de l'avenir des open space et de la fragilité de l'économie. Continuons de questionner les changements qui se profilent pour les entreprises et notamment ceux de nos habitudes de travail. Entre télétravail à marché forcée et anxiété sur la circulation toujours en cours du virus, il est sûr que nous allons faire évoluer notre culture au travail. Pour y voir plus clair, Fanny Parise, anthropologue chercheur associé à l'ILTP de Lausanne décrypte ces dernières semaines.

Le travail est le socle de notre société


L'un des sujets fondateurs du confinement a été le travail. Cela renvoie au système productif et donc à l'économie. Dans une société libérale comme la notre c'est ce qui fait tourner le pays. C'est aussi ce qui va permettre de créer de la hiérarchie sociale. Travailler, c'est un facteur de distinction sociale. Tout cela va permettre d'organiser la société et faire société.

Le confinement a rebattu les cartes et bousculer les rôles : les individus en haut de la hiérarchie sociale se sont vu confinés chez eux, à devoir trouver de nouvelles stratégies pour travailler voir à être contraints d'être à l'arrêt. À l'inverse les personnes qui sont d'avantage représentées en bas de l'échelle sociale étaient sur le front et érigées au rang de héros nationaux.


Un rapport paradoxal au télétravail


Pour la majorité des individus, le télétravail était très loin de leur quotidien. Dans leur esprit, leur activité et leur entreprise ne pouvaient pas mettre en place des solutions de télétravail. Dès les premières semaines ils ont eu un tout autre regard. Les individus ont découvert par l'exemple de nouveaux outils, apprécié le temps de déplacement en moins et la productivité accrue. Cela a ouvert le champs des possibles à la fois aux employeurs comme aux salariés. Certaines entreprises ont même décidé de repousser le retour au bureau en 2021. On voit aussi de nouvelles organisations, comme le télétravail intermittent avec un système de roulement pour avoir une alternance entre télétravail et le temps physique. Ce n'est pas sans poser la question de la porosité des sphères privées et professionnelles.



Télétravailler c'est aussi créer du lien social


On passe énormément de temps avec ses collègues, on est très proche d'eux malgré tout ce qu'on peut dire ou se représenter de notre relation avec eux. Pendant le confinement ils étaient dans la même galère par rapport aux outils, aux réunions en ligne et la nouvelle gestion qui a du se mettre en place. Les points téléphoniques ou visios étaient donc appréciés car cela continuait à créer du lien dans les services.


Les collègues sont perçus comme "à risque"


Il y a deux situations qui sont sujettes à stress car le risque de contamination est grand selon les individus : faire ses courses et aller sur son lieu de travail. Les salariés vont intuiter un système de représentation de la saleté et du risque qui va leur permettre de savoir comment ils vont devoir interagir avec les individus et du coup quels sont les rites sociaux qu'ils vont pouvoir mettre en place. Les collègues représentent une situation d'entre-deux : on est assez proche d'eux car on les voit tous les jours mais ce ne sont pas des amis ni de la famille, ils sont perçus comme potentiellement à risque. L'open space est malmené, déjà vivement critiqué pour son manque de concentration et de discrétion, il est remis en cause avec ce virus. Les salariés voudront s'isoler pour pouvoir se protéger, ils vont être dans une dynamique de cocon et de réasurrance pour pouvoir être efficace dans leur travail et peut être mieux choisir leur interaction avec les clients et collègues.



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